Spiritualité Théologie

Engagement et espérance – Textes proposés par Jacques Gradt

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1 – Recommence

Si tu es las et que la route te paraît longue,

Si tu t’aperçois que tu t’es trompé de chemin,

Ne te laisse pas couler au fil des jours et du temps…

… Recommence !

 

Si la vie te semble trop absurde,

Si tu es déçu par trop de choses et trop de gens,

Ne cherche pas à comprendre pourquoi…

… Recommence !

 

Si tu as essayé d’être aimé et d’être utile,

Si tu as connu la pauvreté et les limites,

Ne laisse pas une tâche à moitié faite

… Recommence !

 

Si les autres te regardent avec reproche,

S’ils sont déçus par toi, irrités,

Ne te révolte pas, ne leur demande rien

… Recommence !

 

Car l’arbre rebourgeonne en oubliant l’hiver,

Car le rameau fleurit sans demander pourquoi,

Car l’oiseau fait son nid sans songer à l’automne,

Car la vie est espoir et recommencement.

 

Anonyme

 

2 – Enfin la nuit se fit jour…

Il était une fois une ville où régnait la nuit.

Il y avait des nuits de pleine lune et des nuits remplies d’étoiles.

Et quand la nuit était trop noire, on allumait des lampes.

Mais c’était toujours la nuit.

Et puis voilà qu’un voyageur arrive.

Il raconte qu’il vient de loin et qu’ailleurs il y a des villes

où après des heures de nuit viennent des heures de jour.

Il raconte que le jour est si clair qu’on n’a même pas besoin de lampes.

Les gens emmènent aussitôt le voyageur chez Monsieur le Maire.

Ils veulent tous que 1’on fasse venir le jour dans leur ville.

Le Maire se met à bougonner :

– Le jour, le jour ! Et où voulez-vous que j’aille le chercher, moi, le jour ?

Et puis d’abord combien ça coûte ?

Le voyageur répond : – Mais, le jour ne s’achète pas, il vient !

Le Maire fait : – Ah ? Et pourquoi donc n’est-il jamais venu chez nous ?

Le voyageur répond : – Comment le jour viendrait-il, si personne ne l’attend ?

Le Maire et tous les habitants en restent la bouche ouverte.

Ils n’avaient jamais pensé à ça !

Puis le Maire dit :

– Attendre, attendre ! Mais comment fait-on pour attendre le jour

Alors une petite jeune fille blonde s’écrie en rougissant :

– Moi je sais !

Quand j’attends une lettre de mon amoureux,

je cours à la boîte aux lettres dix fois, vingt fois, jusqu’à ce qu’elle arrive.

C’est sûrement comme ça qu’il faut attendre le jour,

comme une lettre d’amour !

Le poète lève son doigt taché d’encre et il dit :

– Moi, je sais !

Quand j’attends un vers, une rime, la musique d’une chanson,

je m’assieds, je ferme les yeux et j’écoute dans ma tête.

C’est sûrement comme ça qu’il faut attendre le jour,

comme un poème, comme une chanson !

Et puis la boulangère secoue son tablier plein de farine et elle dit:

– Moi je sais !

Quand mes pains sont au four et que j’attends qu’ils cuisent,

je fronce le nez jusqu’à ce que je sente la bonne odeur du pain doré.

C’est sûrement comme ça qu’il faut attendre le jour,

comme du bon pain !

Et tous, le jardinier et le maçon, la couturière,

le pécheur et l’épicier, le peintre et la maîtresse d’école,

tous s’aperçoivent qu’ils savent comment attendre le jour.

  

Mais le Maire bougonne encore :

– C’est bien joli, tout ça, mais, ça prendra combien de temps d’attendre ?

Alors les gens s’écrient : – On va commencer tout de suite !

Et la petite jeune fille blonde se met à courir dix fois, vingt fois,

jusqu’aux portes de la ville pour voir si le jour arrive.

Et le poète reste les yeux fermés, à écouter dans sa tête si le jour arrive.

Et la boulangère fronce son nez pour sentir si le jour arrive.

Et tous, le jardinier et le maçon, la couturière, le pêcheur et l’épicier,

le peintre et la maîtresse d’école, tous se mettent à attendre le jour.

Et bientôt, là-bas, au bord des toits, une minuscule ligne rose grandit, grandit, et brusquement, un éblouissant

rayon d’or saute par-dessus les toits

et il éclabousse la ville de lumière.

Mais c’est encore plus beau que le feu d’artifice.

C’est le jour qui est venu !

Alors pendant tout le jour, la ville entière est en fête.

Et puis, quand la nuit revient, le Maire se racle la gorge et il dit:

– Bon, eh bien voilà, demain, vous élirez un autre Maire.

Il faut que désormais, sur notre ville, le jour revienne sans cesse après la nuit.

 Alors moi, maintenant, je serai

veilleur de nuit et je passerai mes nuits à attendre le jour.

Et depuis ce temps-là, sur la ville, il y a des jours et des nuits.

Parfois, le soir, la boulangère, le maçon, la couturière ou le jardinier

vont faire un petit tour dans le noir.

 Et quand ils rencontrent le veilleur qui marche dans les rues avec sa

lanterne, ils lui disent :

– Eh bien, veilleur, quelle nuit noire ! On dirait qu’elle ne finira pas.

Et le veilleur répond avec un petit sourire :

– Oh elle finira, mes amis, elle finira ! Allez dormir.

Le jour vient, je l’attends.

 

Marie-Hélène Delval – Conte tiré de la revue Pomme d’Api

 

 

3 – Espoir

L’espoir

ça vient d’on ne sait où

ça va plus loin que nous

l’espoir

ça nous colle à la peau.

ça nous enracine au ciel

ça nous enlace

les bras et les mains

l’espoir.

ça nous étouffe

à en crever

à en crier

à en vivre sans fin.

Fragile, si fragile

comme la fleur du blé

il ensemence

nos chemins.

il nourrit nos

après-demain.

et fait éclater nos rires

plus loin que la terre.

Écrit en rouge

sur les murs des prisons

il se nomme : liberté

écrit en noir

sur les portes des princes

il se nomme : justice

écrit en bleu

sur le gris de nos villes:

il se nomme : horizon

écrit en blanc

sur les robes des filles

il se nomme : printemps

écrit en rose

sur les fleurs

de nos mains

il se nomme : fraternité

écrit en transparence

dans les yeux des enfants

il se nomme : vivre

écrit en arc-en-ciel

sur le soleil couchant

il se nomme : demain.

Michel Scouarnec

Au commencement était l’espérance…

 

 

4 – L’homme de l’espérance

L’homme de l’espérance est l’homme de l’attente.

 Attente aujourd’hui, nous le savons, du retour de Jésus-

Christ, de la venue du royaume, de la parole de Dieu, du Saint-Esprit.

Mais il ne s’agit pas d’une attente dans laquelle on s’installe.

 L’attente est cent mille fois plus difficile que l’action. Elle exige bien plus de l’homme

– et surtout à notre époque – qui en ce temps, clame sans interruption, sans se lasser, chaque jour et cent fois par jour :

 Maranatha, comme on clame S.O.S. quand le danger est imminent.

L’homme de l’espérance, c’est l’homme de l’attente exigeante, éveillée, tendue, qui ne se laisse divertir par rien, qui ne se laisse prendre au jeu, ni des choses sérieuses ni au sérieux du jeu. Il a situé son combat ailleurs et sait que ce sera de son combat à lui que tout le reste prendra sens et possibilité.

Cette attente est décisive parce que nous devons savoir que rien ne se produira sans elle.

 Rien.

 Il n’y a pas de retour, il n’y a pas de royaume si nous ne vivons dans cette ferveur des yeux fixés sur la montagne attendant le secours, de la sentinelle tremblant de peur attendant l’aube.

Il n’y a pas de venue du Christ comparable à un retour de voyage.

 Le Royaume vient, le Christ revient par celui qui attend avec cette exigence sans faille, avec cette ferveur exaltée, avec cette obstination qui ne se laisse détourner par rien.

 Le royaume vient, le Christ revient par celui-là seul, mais non pour celui-là seul.

C’est pour tous. Comme la sentinelle veille pour tous. Comme le prophète veille pour tous.

 Jacques Ellul, le 23 juin 1981

 

 

 

5 – Je crois en l’homme

Je crois en l’homme, cette ordure ;

Je crois en l’homme, ce fumier,

Ce sable mouvant, cette eau morte ;

Je crois en l’homme, ce tordu,

Cette vessie de vanité ;

Je crois en l’homme, cette pommade,

Ce grelot, cette plume au vent,

Ce boutefeu, ce fouille-merde ;

Je crois en l’homme, ce lèche-sang.

Malgré tout ce qu’il a pu faire

De mortel et d’irréparable,

Je crois en lui.

Pour la sûreté de sa main,

Pour son goût de la liberté,

Pour le jeu de sa fantaisie,

Pour son vertige devant l’étoile,

Je crois en lui.

Pour le sel de son amitié,

Pour l’eau de ses yeux, pour son rire,

Pour son élan et ses faiblesses.

Je crois à tout jamais en lui

Pour une main qui s’est tendue.

Pour un regard qui s’est offert.

Et puis surtout et avant tout

Pour le simple accueil d’un berger.

Lucien Jacque 

 

 

6 – La lumière jaillira

La lumière jaillira

claire et blanche un matin

brusquement devant moi

quelque part en chemin

la lumière jaillira

et la reconnaîtrai

pour l’avoir tant de fois

chaque jour espérée

la lumière jaillira

et de la voir si belle

je connaîtrai pourquoi

j’avais tant besoin d’elle…

La lumière jaillira

qu’éternel voyageur

mon cœur en vain chercha

et qui était en mon cœur…

Jacques Brel La lumière jaillira

 

8 – Qu’avons-nous fait

Qu’avons-nous fait

bonnes gens dites-moi

de la bonté du monde

on l’aurait caché au fond d’un bois

que ça ne m’étonnerait guère

on l’aurait enfouie dix pieds sous terre

que ça ne m’étonnerait pas…

Qu’avons-nous fait

bonnes gens dites-moi

de tout l’amour du monde

on l’aurait vendu pour je n’sais quoi

que ça ne m’étonnerait guère

on l’aurait vendu pour faire la guerre

que ça ne m’étonnerait pas

Mais nous retrouverons,

bonnes gens croyez-moi

toutes ces joies profondes

on les retrouverait au fond de soi

que ça ne m’étonnerait guère

on les retrouverait sous la poussière

que ça ne m’étonnerait pas…

 

Jacques Brel  –  Qu’avons-nous fait bonnes gens, dites-moi ?

 

 9 – On dit

 On dit que tu nous parles

Mais je n’ai jamais entendu ta voix

De mes propres oreilles ;

Les seules voix que j’entends

Ce sont des voix fraternelles

Qui me disent les paroles essentielles.

On dit que tu fais route avec nous

Mais je ne t’ai jamais surpris à mêler tes pas

A ma propre marche ;

Les seuls compagnons que je connaisse

Ce sont des êtres fraternels

Qui partagent la pluie, le vent, le soleil.

On dit que tu nous aimes

Mais je n’ai jamais senti ta main se poser

Sur mes propres épaule s;

Les seules mains que j’éprouve

Ce sont des mains fraternelles

Qui étreignent, consolent et accompagnent.

Mais, si c’est toi, ô mon Dieu’

Qui m’offres

ces voix

ces compagnons

ces mains,

Alors, au cœur du silence et de l’absence,

Tu deviens, par tous ces frères,

parole et présence

Béni sois-tu !

10 – La vie, la vie…

Un jour, l’âne d’un fermier est tombé dans un puits. L’animal gémissait pitoyablement pendant des heures, et

le fermier se demandait que faire.

Finalement, il décida que l’animal était trop vieux, que le puits, de toutes façons, devait disparaître et que ce

n’était pas rentable pour lui de récupérer l’âne.

Il invita tous ses voisins à venir l’aider. Ils saisirent tous une pelle et commencèrent à refermer le puits.

 

Au début, l’âne réalisa ce qui se produisait et se mit à crier terriblement. Puis, à la stupéfaction de chacun, il se tut !…

Quelques pelletées plus tard, le fermier regarda dans le fond du puits, et fut étonné de ce qu’il vit : à chaque

pelletée de terre qui lui tombait dessus, l’âne se secouait pour enlever la terre de son dos, et montait dessus.

Pendant que les voisins du fermier continuaient à pelleter sur l’animal, il se secouait et montait sur la terre.

Chacun fut bientôt stupéfait que l’âne soit hors du puits

 et se mette à trotter !

 

La vie va essayer de vous engloutir sous toutes sortes d’ordures.

Le truc pour se sortir du trou, c’est de se secouer pour avancer !

Chacun de nos ennuis est une pierre qui permet de progresser

 

Nous pouvons sortir des puits les plus profonds en n’arrêtant jamais d’espérer et d’agir.

Secouez-vous et avancez !

Anonyme

 

11 – L’homme ne doit pas avoir peur !

La différence entre lui et toute autre créature, c’est que dans une situation sans issue, sombre ou coupable,

 Il connaît une Espérance.

Et si tu demandes : d’où sais-tu cela ?

 Alors nous prononçons le Nom de Celui

 devant qui cède subitement le mal,

 Celui devant qui la peur et l’angoisse

 sont elles-mêmes obligées d’avoir peur,

Celui qui seul a triomphé de la peur,

l’a emmenée captive dans son cortège triomphal,

 « l’a clouée sur la croix et renvoyée au néant ».

Ce nom est le cri de victoire

de l’homme délivré de la peur

Jésus-Christ crucifié et vivant.

 

Dietrich Bonhoeffer

 

12 – La vie de Galilée

 

GALILEE : Tu vois, Sagrédo, moi j’ai confiance en en l’homme et cela veut dire

que j’ai confiance en sa raison.

Sans cette confiance, je n’aurai pas la force de me lever le matin de mon lit.

 

SAGREDO : Eh bien, moi, je vais te dire : je n’ai pas confiance.

 Quarante années passées parmi les hommes m’ont fait toujours constater qu’ils ne sont pas accessibles à la raison. Montre-leur la queue rouge d’une comète, donne-leur une sourde angoisse : ils sauteront par la fenêtre et se fracasseront les jambes. Mais dis leur quelque chose de raisonnable, fournis-leur trente-six preuves, et ils te riront au nez.

 

GALILEE : C’est une erreur complète et une calomnie. Je ne comprends pas comment, croyant une chose pareille, tu peux aimer la science.

 Il n’y a que les morts que les arguments ne fassent pas bouger.

 

SAGREDO : Leur pitoyable rouerie, comment peux-tu la confondre avec la raison ?

 

GALILEE : Je ne parle pas de leur rouerie. Je sais bien : l’âne, ils le baptisent cheval quand il s’agit de le vendre, et baptisent âne le cheval quand il s’agit de l’acheter. Ce n’est que cela leur rouerie.

Mais la vieille, qui de sa main rude, le soir avant un voyage, donne au mulet une botte de foin en plus ; le marin qui, lorsqu’il achète les vivres de bord, prévoit la tempête et le calme plat ; l’enfant qui enfonce son bonnet, quand on lui a montré qu’il peut pleuvoir, ces gens-là sont mon espérance, ces gens-là entendent raison.

 Oui, j’ai confiance en la douce contrainte de la raison sur les hommes. A la longue ils ne peuvent rien contre elle.

 Pas un homme à la longue ne peut supporter sans rien dire que je laisse tomber un caillou, et que je dise en même temps : « Il ne tombe pas. » Pas un homme ne le pourrait.

 La séduction est trop grande qui émane d’une preuve. Presque tous y succombent, à la longue, tous.

 

Penser fait partie des plus grands plaisirs de la race humaine.

 

Bertold Brecht, La vie de Galilée

13 – Le dix-huitième chameau

Fin du discours de Monsieur Georges VEDEL lors du colloque du deuxième centenaire du Conseil d’Etat le 15 décembre 1999 dans le grand Amphithéâtre de la Sorbonne

 

« Je crois de plus en plus que le métier de juriste et plus encore de juge doit à son office science et logique, mais surtout raison et sagesse, ce qui n’implique entre ces deux derniers termes ni une redite ni une opposition mais en revanche une sorte de convivialité.

…A mon tour j’ai voulu réfléchir aux risques que les durcissements et les cristallisations dogmatiques peuvent faire courir à la réalisation et à l’acceptation de solutions que les pratiques juridique et judiciaire accueilleraient volontiers.

Entre un tout et un rien qui seraient dans leur pureté l’un et l’autre logiques mais qui ne peuvent être reçus par l’homme et par sa société qu’en marge de théorèmes impeccables, il existe un monde miséricordieux du possible.

Rappelons-nous ce vieux conte d’Orient dans lequel un oncle original lègue à ses neveux les dix-sept chameaux de sa caravane mais de façon inégale : la moitié à l’aîné, le tiers au second, le neuvième au dernier ? Consulté sur le partage, le plus savant calculateur du pays le déclare impossible. En désespoir de cause les héritiers se tournent vers un cadi, fort en droit et célèbre pour sa sagesse. Généreusement ce juge fait aussitôt don à la succession d’un de ses propres chameaux, ce qui porte à dix-huit l’effectif de la caravane. L’aîné des héritiers prend alors sa part, la moitié, soit neuf chameaux, le second le tiers soit six chameaux, le dernier le neuvième soit deux chameaux. Neuf plus six plus deux, au total dix-sept chameaux.

Sur quoi le cadi reprend le sien. De l’inflexible mathématicien et de l’ingénieux juge lequel tomba juste dans tous les sens du terme ?

Mesdames et Messieurs, vous qui, dans chacun des pays ici présents, y compris le mien, présidez ou composez les plus hautes instances juridiques au service de l’Etat et de ses citoyens, vous n’avez besoin d’aucune aide pour aborder les problèmes les plus difficiles. Mais, le cas échéant, dans telle occasion insolite ou déroutante, du haut de vos sièges prestigieux accordez une pensée amicale et peut-être un regard complice au sage cadi et à son humble compagnon, inattendu, indispensable et inusable ».

Mon grand-père me racontait déjà cette histoire de chameaux !

Il ajoutait : « A la mort de leur oncle les trois frères auraient pu se quereller ou entreprendre de découper quelque chameau.

 Vois  plutôt !

la vie de chaque chameau de l’héritage est préservée !

la paix parmi les frères reste entière !

chacun a son dû, conformément au testament de l’oncle.

 

Plus que son dû : 9 est plus que la moitié de 17 ; 6 plus que le tiers de 17 ; 2 plus que le neuvième de 17 ».

 

Ce dix-huitième chameau : humble compagnon, inattendu, indispensable et inusable est une image de la grâce de Dieu !

Cette grâce qui veille sur chacun, qui maintient la paix et qui ne revient pas à lui sans avoir accompli son œuvre pour le bien de tous.

Le mot chameau en hébreu -gamal -signifie également bienfait !

Si les chameaux baraquent, ce dernier mot est à rapprocher de Baraka qui signifie bénédiction

 

On peut réinventer cette histoire avec 11 ânesses et un oncle qui donnerait à ses neveux la moitié de son héritage, le quart, et le sixième.

Le même cadi proposerait cette fois une douzième ânesse humble compagne, inattendue, indispensable et inusable !

Le mot qui dit ânesse en hébreu – aton -signifie également don !

 

Jacques Gradt

 

La vraie mesure du temps, n’est pas celle de l’horloge.

La vraie mesure du temps se nomme …espérance !

Gerhard Ebeling

 

 

14 – La petite espérance

 

Je suis, dit Dieu le maître des vertus,

La foi, la charité et l’espérance

L’espérance est une toute petite fille.

La foi est celle qui tient bon dans les siècles des siècles.

La charité est celle qui se donne dans les siècles des siècles.

Mais ma petite espérance est celle

qui se lève tous les matins…

qui tous les matins nous donne le bonjour,

qui dit bonjour au pauvre et à l’orphelin…

La foi est un grand arbre et sous les ailes de cet arbre

la charité abrite toutes les détresses du monde.

Et ma petite espérance n’est rien

que cette promesse de bourgeon,

qui s’annonce au fin commencement d’avril…

C’est lui qui a l’air de se nourrir de l’arbre …

et pourtant c’est de lui que tout vient au contraire.

Sans un bourgeon qui est une fois venu, l’arbre ne serait pas…

La foi ça ne m’étonne pas.

Ça n’est pas étonnant :

j’éclate tellement dans ma création

que pour ne pas me voir il faudrait

que ces pauvres gens fussent aveugles.

Mais l’espérance dit Dieu,

voilà ce qui m’étonne

Moi-même.

Ça c’est étonnant

Quelle ne faut-il pas que soit ma grâce

et la force de ma grâce pour que cette petite espérance,

vacillante au souffle du péché, tremblante anxieuse au moindre souffle, soit aussi

invariable,

se tienne aussi fidèle, aussi droite, aussi pure.

Ce qui m’étonne, dit Dieu,

c’est l’espérance, je n’en reviens pas.

Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.

Cette petite fille espérance.

Immortelle.

 

Charles Péguy

 

S’il n’y a que la justice, qui sera sauvé ?

Mais s’il y a la miséricorde qui sera perdu ?

s’il y a la miséricorde qui peut se vanter de se perdre ?

Charles Péguy

 

 

15 – L’aurore…

Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et que tout est perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ? Cela porte un très beau nom : cela s’appelle l’aurore.

Jean Giraudoux, Electre 1937

 

L’espérance en hébreu se dit TiQueVaH, d’un verbe qui signifie : attendre, espérer, guetter, et aussi s’attendre mutuellement, s’assembler.

TiQueVaH comme la plupart des mots a deux sens et signifie également la corde. Ce mot, Erri de Luca, auteur italien contemporain et hébraïsant, le traduit par alzaia – de alzare : lever en italien ; ce qui pourrait se traduire en français par haussière. C’est le nom qui désigne les cordes qui servaient au halage des bateaux le long des canaux ou des rivières, donc souvent à contre-courant.

Espérer n’est-ce pas souvent tirer le bateau à contre-courant ?

Jacques Gradt

 

16 – Le lépreux

Le lépreux dans les Ecritures comme dans nos livres d’histoire du Moyen Âge est le symbole de tous les exclus.

Saint François l’avait compris. Il ne voulait pas seulement aider les lépreux car son action se serait réduite à un bien pauvre et impuissant acte de charité. Il voulait signifier autre chose :

T’a-t-on raconté son prêche aux oiseaux ? C’est la question que pose Guillaume de Baskerville à son novice Adso (dans Le nom de la rose d’Umberto Eco poche 5859 pp 254-255).

Oh oui j’ai entendu cette très belle histoire et j’ai admiré le saint qui jouissait de la compagnie de ces tendres créatures de Dieu !

Eh bien! On t’a raconté une histoire fausse…Quand François parla au peuple de la ville et à ses magistrats et qu’il vit que ceux-ci ne le comprenaient pas, il sortit vers le cimetière et se mit à prêcher aux corbeaux et aux pies, aux éperviers, à des oiseaux de proies …des oiseaux exclus, comme les lépreux.

Pour recomposer le troupeau il fallait retrouver les exclus les réintégrer dans l’église.

Aimer l’autre parce qu’il est à l’image de Dieu ? Non ! Aimer l’autre pour lui- même afin que chacun ait sa vraie chance sa vraie place.

C’est également ce que nous dit le Psaume 118.

Il est bon de se confier en Dieu,

En ayant entièrement confiance en les êtres généreux (Psaume 118, 8).

Il ne faut jamais opposer la valeur de Dieu et la déchéance de l’être humain.

Celui qui a besoin d’abaisser Dieu, c’est l’idolâtre, qui se détruit à plaisir, puisqu’il se ramène à la triste idée qu’il se fait de lui-même.

D’où ces constants enseignements destructeurs sur l’humilité qui conduisent, surtout, à être fort méprisant envers autrui. Par exemple, ce verset est en général expliqué comme affirmant qu’il faut avoir confiance en Dieu, et surtout pas en l’être humain, qui ne mérite pas cette confiance.

En réalité, ce qu’enseigne le verset est exactement le contraire. Il est excellent de se confier en Dieu, à partir de la confiance totale que l’on a en tout homme.

La véritable foi en Dieu consiste à le trouver en quiconque, en exigeant de soi-même le prodige constamment renouvelé qui consiste, à partir de l’image, à parvenir à trouver le modèle. C’est à cette condition que la relation avec Dieu peut être réelle, et non purement abstraite et fictive, verbale et sans lien véritable avec notre vie.

Jacques Gradt, après avoir lu  Umberto Eco  « Le nom de la rose » et Raphaël Cohen « Tora pour aujourd’hui ».

À propos de l'auteur

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Alain Rey

Directeur de la publication Hier & Aujourd'hui
Pasteur de l'EPUdF
Études à Montpellier, Berkeley et Genève
Pasteur à Fleury-Mérogis, Mende, au Defap et à la Cevaa

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