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Pastorale de Nîmes avec Nicolas Cadène : La laïcité : quels enjeux pour aujourd’hui ?
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La pastorale des retraités de Nîmes se réunissait le 12 octobre 2022 et accueillait Nicolas Cadène, juriste et militant politique et associatif français, Rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité rattaché au Premier ministre de 2013 à 2021.
La laïcité est un sujet éminemment sensible traité trop souvent par le biais de la polémique politique et médiatique. Même si juridiquement les choses sont assez claires, il n’y a pas intellectuellement une seule conception de la laïcité mais une confusion entre le cadre laïque et les problèmes de société. Or en droit il n’y a qu’une seule laïcité, celle qui est définie par notre constitution (méconnue car inculture et de la religion et de la laïcité). La définition juridique de la laïcité découle de 5 textes importants :
Ajouter à cela une jurisprudence importante du conseil d’État – le régulateur de la laïcité –
Du droit positif français, retenons 3 fondements essentiels du cadre de la laïcité :
L’état doit traiter tout le monde de la même façon. Il est indifférent aux convictions de chacun. Cet ensemble de fondements garantit la liberté de l’autre et de ses convictions et notre citoyenneté commune – mêmes droits mêmes devoirs – donc la fraternité ! La laïcité est donc un principe très fort : liberté égalité fraternité. Historiquement l’idée est née il y a 300 ans (même s’il y a eu des prémices dès l’Antiquité). Elle a d’abord été pensée pour assurer la cohésion nationale (fin des guerres de religion puis des discriminations contre les minorités) donc pour assurer la paix civile. La laïcité est donc quelque chose qui se pratique au quotidien, et se confronte à des situations sans cesse nouvelles. Le principe de laïcité doit être un juste équilibre entre la garantie des libertés individuelles et le nécessaire respect du cadre collectif. Cet équilibre repose sur la distinction de 4 espaces : (hormis le cadre cultuel)
Les agents publics sont neutres dans le cadre de leur fonction quelles que soient leurs opinions. Les aumôniers eux ont un statut différent car ils interviennent en lieu contraint où il faut pouvoir garantir la liberté de culte (prison, hôpitaux, écoles).
La laïcité française n’est pas une exception dans le monde. Elle s’exprime différemment :
D’autres états ne se définissent pas comme laïques mais sont proches de nous : Pays de Galle et Ecosse par exemple. Aux USA depuis 1791, État et Religion sont juridiquement séparés ; mais la religiosité très forte est très présente dans les faits avec peu de sécularisation. D’autres pays ont un régime de religion d’état : pays du nord de l’Europe, Angleterre, ont un système très proche du nôtre. Le modèle qui tend à se généraliser dans le monde est le modèle collaboratif : (proche du modèle concordataire) : l’état, neutre, reconnaît les différents cultes, les subventionne, ce qui lèse les petites communautés et peut conduire à des discriminations. Certains pays sont laïques comme nous : le Mexique (séparation église/état dès 1850 !), l’Uruguay, l’Équateur, l’Albanie, pays très différents, très sécularisés, avec une très grande pluralité de populations. Pluralité et laïcité vont de pair et sont liées à l’histoire du pays. Jean Jaurès : « la république doit être laïque et sociale. Elle ne sera laïque que si elle devient sociale », 1904.
Depuis fin 80, certaines prises de position dans le pays, au nom de la laïcité, mais s’éloignent de la définition juridique de la laïcité traditionnelle. On assiste à un glissement vers l’identité majoritaire (ex des menus uniques à la cantine scolaire, ou définir des majoritaires à favoriser au détriment des minoritaires) à cause de l’opposition grandissante à l’immigration, en période de crise, à cause aussi de la polarisation de la société : une partie croissante de la population s’éloigne du religieux (sécularisation la plus forte dans le monde) face à une réactivation des appartenances religieuses pour d’autres. Cette polarisation crée des tensions, et ces tensions sont portées d’abord sur l’Islam (attentats-peur, replis, concentration dans des quartiers, situations fragiles, passé conflictuel avec l’Afrique du nord, liens et conflits avec le pays d’origine qui veut continuer d’exercer le pouvoir sur sa diaspora, exacerbation religieuse exercée par des ingérences depuis l’étranger, retour en force des intégrismes !).
Il y a aussi des tensions parce que les religions s’expriment de façon plus visible (retour en force des courants fondamentalistes, juifs, catholiques ou évangéliques). Les crispations sont sensibles en France plus qu’en France ultramarine. Or aux yeux de l’État dans la notion de laïcité il n’y a pas d’identité. Il est donc indispensable de court-circuiter tout de suite le conflit, en amont, car la plus petite incompréhension peut conduire à de vives tensions, il faut former, informer, justifier objectivement dans l’intérêt général (et pas particulier), rappeler les règles.
Conclusion
Sur toutes les questions sensibles il faut appliquer le droit avec bon sens. On n’interdit que ce qui trouble objectivement l’ordre public, tout ce qui est en dehors du cadre légal. La laïcité doit rester un outil d’émancipation et de rassemblement, pas de division ni de stigmatisation ; il faut donc faire un travail de pédagogie pour que chacun s’approprie les principes de la laïcité, surtout à l’école. (promouvoir la formation des enseignants et des élèves à l’enseignement civique et moral, à la trans-disciplinarité des faits religieux en tant que faits sociaux, des mémoires diverses, des influences et personnalités de chaque religion. Notre histoire est empreinte de toutes les autres cultures
Tous les jeunes doivent se sentir citoyens français donc perçus tels que – à égalité de droit et de devoirs.
Notes prises par Jacqueline Baumann
Nicolas Cadène a été rapporteur général de l’observatoire de la laïcité auprès du premier ministre (2013-2021), instance indépendante du gouvernement et supprimée en 2021. Aujourd’hui il est directeur adjoint de l’emploi, du travail et des solidarités dans l’Hérault.