Le dialogue interreligieux s’impose
Gérard SIEGWALT Monothéistes, la commune vocation de l’Église chrétienne, du judaïsme et de l’islam au cœur de l’humanité. Éd. Olivétan, Lyon — 2° trimestre 2026, 132 p. — 12,00 €
Après des siècles de relations d’exclusions mutuelles et de violences, judaïsme, christianisme et islam se trouvent aujourd’hui obligés de trouver comment vivre ensemble, du fait des mutations géopolitiques et démographiques survenues à notre époque. Le dialogue interreligieux s’impose. C’est l’objet de cet ouvrage, point de vue chrétien s’adressant aux Églises et à leurs fidèles, qui ont une vocation spécifique dans les relations entre monothéismes. Il ne s’agit pas d’un programme à remplir, mais d’une réflexion théologique sur l’obligation du dialogue, et sur la contribution que la théologie chrétienne peut y apporter.
Le premier chapitre expose le propre de la foi chrétienne.
Elle est une religion de l’incarnation. Après le Jésus divin qui parle et agit comme « Fils de l’homme », qui meurt et ressuscite, ses disciples et apôtres annoncent le royaume des cieux, la nouvelle naissance, le nouvel homme, la nouvelle Jérusalem, la nouvelle création. C’est ce qui conduit à une « éthique de l’incarnation ». L’auteur en aborde les divers aspects : dans la vie relationnelle individuelle et collective, dans la citoyenneté nationale, dans les relations entre les peuples, et dans les questions écologiques. Chacun(e) a un rôle à remplir face à la « catastrophe écologique en cours », quant aux responsabilités à prendre afin de tenter de la limiter. Quelques mots-clés : Pardon, réconciliation, confiance, vérité, justice, paix, espérance… « … l’Église chrétienne n’est que par sa vocation, qui seule lui donne son être, sa crédibilité et son autorité possibles… » (p. 61).
Avec les fidèles des deux autres religions abrahamiques, le judaïsme et l’islam, une solidarité et une communion sont à découvrir et à bâtir. C’est l’objet du chapitre suivant.
G. Siegwalt commence par un minutieux inventaire des raisons traditionnellement avancées, chez chacune d’elles, pour s’opposer au dialogue avec les deux autres. Il en montre les limites, et ouvre à d’autres perspectives. Face à tous les « dieux » présents dans la société contemporaine (savoir, argent, pouvoir…), il convient de convenir de l’égale profession de foi au Dieu un et unique, dans les trois traditions religieuses, — pour le judaïsme, le fondement de la foi au Dieu un et unique se trouve dans le « Shema, Israël » : « Écoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est un. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu… » (Deut. 6,4-5. trad. NBS). L’unicité de Dieu y est une véritable révélation. Il faut qu’Israël « écoute », qu’il la reçoive comme un enfant reçoit ce que son père (ou sa mère !) lui apprend. Ce n’est pas le Dieu des philosophes. Il est à découvrir, non dans ce qu’il serait, mais dans ce qu’il fait (ou a fait). C’est le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob. –-— C’est là aussi le Dieu du christianisme : Jésus juif n’a pas renié la Torah (loi), il est venu pour l’accomplir. C’est pourquoi un espace de communion immiscible existe avec le judaïsme ; le Dieu d’amour qui est à aimer par-dessus tout. — Il en va de même pour l’islam qui se réclame du Dieu « tout-puissant et tout miséricordieux », Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob aussi. « La Shahada coranique, confession de foi musulmane, est une reprise directe du Shema Israël [lequel a été validé par Jésus : « Il n’y a pas d’autre Dieu sinon Dieu seul » (p. 82)]. Certains chrétiens trouveront inacceptables le Coran et le prophète Mohammad. Mais la référence à la Bible n’exclut pas que des prophètes surgissent encore au cours de l’histoire. Dieu continue de « parler » à ses créatures, et des prophètes peuvent se lever. Le canon biblique est notre « phare », notre référence fondamentale, mais Dieu persiste à se révéler à sa création en devenir permanent… — On a bien une commune confession du Dieu unique qui aime et appelle à l’aimer. C’est ce qui permet d’entreprendre d’élaborer maintenant ensemble une éthique de l’amour, sans aucun reniement de l’éthique de l’incarnation.
Un nouveau chapitre traite du rôle éminent du monothéisme trinitaire et de celui des chrétiens dans le passage d’une éthique d’amour à une éthique de la communion avec les deux autres monothéismes. Enfin, une dernière partie s’attache à la vocation commune des trois religions dans la société et le monde. Deux repères fondamentaux éclairent la route pour les trois religions : — d’abord, l’exigence primordiale de la vie dans cette création commune à cohabiter. — Et ensuite, une éthique fondée sur la relation à Dieu. Ces deux références relativisent, d’une part, les élaborations doctrinales ou théologiques, quelle que soit leur importance ; et d’autre part, les fondamentalismes scripturaires antagonistes, bibliques ou coraniques. C’est là le nécessaire « retour à la source » dont l’humanité a besoin, et c’est aussi une vocation commune à partager.