Frédéric de Coninck, Nationalisme, guerres et paix — le défi envers et contre tout de l’amour du prochain, Éditions Excelsis, juin 2025, 168 p. 12€
L’auteur, scientifique, sociologue, théologien mennonite, analyse régulièrement l’actualité sur son blog « tendances espérance » et donne des chroniques à Réforme. Il est intervenu à notre Pastorale nationale de 2025
L’auteur réagit dans ce petit livre à la montée de l’extrême-droite, au fait que des chrétiens votent pour elle. Pour nourrir sa réflexion, il livre une lecture biblique des conflits, un regard sur les votes des citoyens et particulièrement des chrétiens, un retour sur l’attitude des Églises avant et pendant le nazisme, et des propositions pour des paroles et des actes portées par les communautés chrétiennes.
Dans une première partie, il décrit « un monde qui s’enfonce progressivement dans la violence à tous les niveaux » : moins de rencontres, plus d’opinions que de débats, des dépressions, de l’anxiété et du repli sur soi, la tentation du populisme, des nationalismes qui poussent à la guerre, un culte de la force.
Il propose ensuite une lecture de la Bible qui montre que « la jalousie, l’hostilité, les relations conflictuelles, les guerres » traversent l’histoire de l’humanité, depuis les relations entre frères dans la Genèse, prolongées dans les relations entre les tribus de Juda et d’Israël. Il indique comment Jésus affronte ces tensions dans les Évangiles, critique le poids de l’argent et du désir de pouvoir, et comment son appel à aimer n’est pas limité aux proches. On relèvera sa lecture du Dieu trinitaire, inspiré du théologien orthodoxe Kallistos Ware, où la relation à Dieu appelle la présence d’un tiers. Il conclut cette partie sur une opposition entre la croix et l’épée ; le culte de la force, le durcissement de la répression et de la contrainte contre la main tendue, le pardon, l’amour des ennemis, la paix dans la justice.
Une troisième partie présente une analyse de l’attitude des chrétiens et des Églises par rapport au vote d’extrême-droite. Très intéressante et suggestive. Il note que la pratique religieuse effective et l’engagement dans des activités d’entraide diminuent considérablement le vote pour l’extrême-droite, tandis que la référence religieuse identitaire sans pratique est corrélée à ces votes. L’isolement engendre la méfiance, la haine et le repli. Il livre aussi une description critique des prises de positions des Églises chrétiennes à la veille des élections de 2024, pas toujours très explicites. Pour lui il est justifié qu’elles s’expriment, car Jésus proposait moins une morale individuelle que l’annonce d’un mode de vie particulier.
Dans une quatrième partie, il revient sur l’entre-deux-guerre, la montée du culte de la force, le nationalisme et l’autoritarisme. Il montre comment le discernement a pu être long à se manifester dans les Églises. Il raconte comment se confronter à des personnes différentes a pu préserver certains de l’enfermement dans des groupes homogènes. Il nous éclaire ainsi sur les temps et les lieux qui appellent une intervention.
Dans un « point intermédiaire », il propose quatre facettes de l’intervention possible/nécessaire de l’Église : « vivre et témoigner d’une différence possible par rapport aux dynamiques spontanées de notre société [.] , être la voix de ceux qui sont sans voix, et en conséquence refuser les postures et les programmes porteurs de haine [.] , mettre en œuvre et témoigner de notre espérance dans un monde qui s’enfonce dans la violence à force de désespérer [.] , être prêts à payer le prix de la paix ».
Les chapitres suivants explicitent ces quatre facettes avec des exemples concrets et un appel à prendre en compte l’urgence du moment, à préférer vivre simplement et s’entraider, à faire en sorte que nos communautés d’Église soient des oasis d’espérance. Mais quelle espérance ? Dans le monde tel qu’il va, nous courons à la catastrophe. L’espérance chrétienne proclame que la vie vaut d’être vécue tant que l’amour des autres et de Dieu nous habite, et que cela aura du sens pour les siècles des siècles, même si le monde s’écroule.
Un chapitre décrit le « coût de la paix » en liant la paix à la justice, au respect mutuel et à la coopération et en proposant des modalités d’action précises. Il précise ensuite comment cette pratique de la paix est exigeante quand elle se fonde sur la manière dont Dieu a fait la paix avec nous et a subi rejet, violences et mort.
Un dernier chapitre reprend le thème de l’amour du prochain dans toutes ses dimensions, et souligne que, si d’un côté il nous rend vulnérables, d’un autre côté, il nous donne de la force. C’est ce que nous souhaite l’auteur.
Beaucoup d’exemples très concrets, des recours à l’actualité qui ponctuent ce livre et le rendent très vivant.
Une belle base pour tenir bon dans le temps présent, partager ses préoccupations avec d’autres, enrichir ses engagements d’une lecture biblique accessible, et donner du sens à une vie d’Église, communautaire et ouverte à la fois.