Lors des années noires de la Deuxième Guerre mondiale, l’engagement de mon père dans la Résistance, comme chef départemental de l’Armée secrète (l’AS) de l’Aveyron plus, ultérieurement, la Lozère, a bien sûr laissé des traces profondes dans ma mémoire.
Les plus vivaces de cette période me hantent souvent encore. Elles ont trait à l’arrestation de mon père par la Gestapo, aux interrogatoires musclés qu’il a subis sous la torture, puis à sa déportation à Buchenwald, cet univers concentrationnaire inhumain souvent décrit par ailleurs. Ce qui m’a peut-être le plus frappé, ce sont ses propos lorsque, par bonheur, il revint de cet enfer. Il nous dit y avoir vu, parmi ses codétenus, le meilleur et le pire : l’abnégation, le courage, la grandeur d’âme des uns ; la bassesse, la veulerie, la bestialité des autres. L’épreuve avait mis à nu, en positif ou en négatif selon les individus, les profondeurs de l’être humain.
Sur ce registre, il répètera que sa captivité lui a beaucoup appris sur le comportement des hommes et qu’à ce titre, il ne regrettait pas d’avoir vécu cette expérience, si cauchemardesque fût-elle ! Sans aucun doute, son témoignage ne pouvait que m’inciter, lorsque sonna pour moi l’heure de la retraite, à m’engager à fond dans les combats de l’ACAT.
