Les articles de foi du christianisme ont-ils une vérité ?
Alain Houziaux, Petite anatomie du christianisme — une approche laïque de la foi en Dieu, Empreinte — temps présent, 2026, 207 p.
A. Houziaux commence par poser la question du rapport entre son « expérience » religieuse d’adolescent plutôt imprécise et sa profession (de professer) des articles du Credo chrétien. Comment lui et d’autres en viennent à adhérer aux articles de foi et aux rituels du christianisme ? Il propose de chercher la réponse dans une démarche laïque et avec les outils des sciences humaines.
Pour lui, « comme le bernard l’hermite le chrétien [l’homme religieux] a rencontré la coquille du christianisme et s’y est logé ». Mais ensuite il se trouve comme un scarabée qui ne peut vivre sans sa carapace et ne distingue plus entre sa religiosité propre et l’enseignement et les pratiques avec lesquelles il a été en contact et auxquelles il finit par adhérer.
Il repère chez Calvin le concept de semen religionis, de besoin pré-religieux, qu’il appellera « désirance » en se référant au « désir sans objet » de Simone Weil, un manque qui révèle un ensemble d’attentes : de salut, de sécurité, de merveilleux… Il propose donc de considérer que la religion répond à un certain nombre de besoins : exprimer sa pulsion de vie, son désir de salut, attribuer à des objets un pouvoir salvateur (dans le christianisme : bible, sacrements, dogmes.) , soutenir des idéaux…
Le troisième chapitre de l’ouvrage est titré « Les chrétiens croient-ils ce qu’ils confessent ? ». Pour l’auteur, « professer la foi chrétienne [.] C’est faire sa demeure dans le donné culturel du christianisme », entrer dans le jeu de langage du christianisme qui s’inscrit dans la réalité psychique du fidèle, l’emporte dans un monde autre que le quotidien, et lui donne une identité communautaire et sociale, les énoncés de la foi étant secondaires.
Cependant le chrétien peut présenter une attitude dogmatique (qui resurgit dans certains mouvements contemporains) c’est le thème du quatrième chapitre : par conformité aux traditions, par besoin de règles et de « savoirs rituels », pour une assurance identitaire, pour la jouissance de connaître la vérité sur Dieu, par besoin d’orthodoxie et de lien à un groupe, des chrétiens peuvent s’abandonner au dogmatisme voire au fanatisme.
Aussi, l’auteur en vient à poser la question : « Les articles de foi du christianisme ont-ils une vérité ? ». Idiome culturel, les énoncés du christianisme ont une vérité narrative (« ils narrent l’histoire en l’interprétant et la vérité qu’ils énoncent est celle d’une tradition narrative »). La coutume mais aussi l’expérience de leurs effets en renforcent la vérité existentielle.
Le réel ontologique reste donc inconnaissable dans cette approche. Cependant, pour l’auteur subsiste la question de la transcendance comme « principe au-delà du discours et de l’activité cognitive ». Il en propose une « approche laïque », « trans-descendante », c’est-à-dire reçue comme une Altérité agissante (en termes bibliques comme une Parole qui advient et agit sur moi). Il en propose des expressions laïques : « être sous le regard de.. » ; impératif catégorique ; intuition de l’existence d’une Justice ; idée d’un Regard qui connaîtrait tout en vérité… Expériences que le chrétien fait le choix de retourner en une Parole-de-Dieu venue d’en haut. Une Parole qui est présence agissante sans pouvoir être autrement définie, qui pose un impératif plus grand que la justice, qui est donation du réel « pour rien », principe de l’« inexplicable ». « [Dieu] surgit comme une Parole et une Lumière qui font du monde, de la Nature et de la vie un miracle sans raison d’être, une effervescence gratuite, un éloge du Pour rien, un élan toujours recommencé vers l’Ailleurs ».
En épilogue, il revient sur l’articulation entre religiosité spontanée et un Credo spécifique. Pour lui, il y a un besoin de croire chez l’humain, vital dans les situations de détresse mais aussi pour échapper à la mélancolie, un besoin d’attachement qui nous lie à d’autres, et les énoncés dogmatiques du christianisme ont une valeur d’abord émotionnelle.
« La foi, c’est se convertir à ce dont on rêve » est la phrase qui conclut l’ouvrage.
Il faudrait souligner les nombreuses références aux maîtres de la psychologie, de la psychanalyse, de la sociologie, de la philosophie, de la sociologie, de la théologie, qui scandent cet ouvrage cependant tout à fait lisible.
On reconnaîtra l’intérêt et la transparence de la démarche, qui fait le lien entre une expérience personnelle et une réflexion soucieuse des apports contemporains des sciences humaines (comme d’autres ouvrages de l’auteur s’intéressaient aux sciences « dures »). On se réjouira que les explications de l’attachement aux énoncés du christianisme n’en rabotent pas finalement les aspérités et la radicalité possible. Inclassable sans doute, ni libéral, ni orthodoxe, l’auteur donne à réfléchir et à débattre.