Renforcer le pouvoir d’agir

David Bodinier propose une réflexion sur la fabrication de l’écologie populaire à partir de son expérience à Grenoble

David Bodinier est urbaniste. Il travaille depuis quelque 15 ans au plan d’urbanisme de la ville de Grenoble, avec la municipalité écologiste. et en lien avec divers autres organismes. Il s’occupe en particulier des quartiers connus pour la précarité de leur population, et pour un habitat défectueux, notamment à Villeneuve. Son ouvrage fait le point sur les enjeux d’une rénovation en vue d’une véritable prospérité écologiste.

 

Une difficulté majeure de notre système démocratique occidental est que le pouvoir de décision est délégué à des personnels élus au suffrage universel, or ceux-ci sont rarement issus des quartiers défavorisés. Si bien que les mesures prises à cet égard sont souvent inappropriées, notamment en matière d’urbanisme et d’écologie

 

On débute par une rétrospective critique de l’histoire de notre société. La recherche du bien-vivre remonte au 18° siècle, bien avant l’apparition de l’écologie. Elle s’affirme avec la révolution industrielle du 19° siècle, mais elle concerne alors les milieux privilégiés possédant argent et savoir, tandis que le logement et le cadre de vie des classes populaires empirent. Une amélioration a lieu au 20° siècle, suite aux mouvements sociaux. Cependant les décisions restent entre les mains des plus qualifiés, experts ou politiques, dirigeant la vie économique et sociale. Les plus faibles n’ont pas la parole pour ce qui les concerne directement ; de même pour l’écologie. Politiques, spécialistes et techniciens décident seuls pour les plus vulnérables.

 

Il faut trouver une démarche participative permettant aux premiers concernés de s’engager dans le processus qui leur revient au premier chef. C’est au niveau municipal que les initiatives les plus probantes se développent en matière d’urbanisme et d’écologie.

 

Il y eut d’abord l’environnementalisme ouvrier. Les luttes sociales menées au cours de la révolution industrielle ont notamment porté sur une justice environnementale [conditions de travail, amélioration de l’habitat]. Ce fut là une première ouverture à l’action écologique.

 

Puis vint la période du municipalisme, avec les initiatives de solidarité locale à l’occasion de douloureux problèmes de sécurité dans les quartiers sensibles, et de l’élaboration des plans d’urbanisme. Cependant, les décisions importantes étaient toujours du ressort d’instances dépassant le niveau municipal. On doit toutefois constater l’émergence de l’écologie municipale dans plusieurs pays d’Europe. En France, en 2014, la municipalité de Grenoble fut gagnée par une coalition entre écologistes et partis de gauche, permettant la mise en place d’une transition écologique, également soucieuse de justice sociale.

 

Les chapitres 4 et 5 présentent l’expérience de cette ville au cours des 12 dernières années, avec les deux mandats de M. Éric Piolle comme maire [NDLR. La mairie issue des élections de mars 2026 est encore de gauche-écologiste]. Cela concernait principalement le quartier de la Villeneuve, menacé de nombreuses démolitions, sans solution globale pour les habitants concernés. S’appuyant sur le tissu associatif existant, la municipalité a réussi à faire prendre en compte la voix des résidents, au double niveau de la participation aux aménagements urbains, et de la planification qu’exige toute politique d’urbanisme. Si les résultats ne furent que partiels, c’est que les institutions compétentes fonctionnent toujours de façon hiérarchique. De plus, les organismes d’experts, tout comme ceux des politiques, sont jaloux de leurs compétences. À l’avenir, savoirs, pouvoirs et devoirs (les résidents) devront apprendre à collaborer de façon plus horizontale et collaborative.

 

Le dernier chapitre propose quelques pistes à mettre en œuvre. Loin d’être un recueil de conseils pour réussir une bonne ˝écologie populaire˝, il traite d’orientations en vue de dépasser les processus de domination et de rapport au pouvoir, alors que s’aggravent les crises écologiques. Certaines paraîtront utopiques, mais le livre ne témoigne que d’une expérience locale. Finalement, plus que ˝la fabrique˝, son titre pourrait en être ˝La fabrication de l’écologie populaire˝. Il ne prétend pas avoir remède à tous les problèmes. L’ouvrage peut cependant être très utile à quiconque s’engage pour plus de justice dans cette voie, en matière de problèmes de pollution, de charges municipales, d’églises vertes.

 

David BODINIER LA FABRIQUE DE L’ÉCOLOGIE POPULAIRE, Renforcer le pouvoir d’agir des habitants pour refaire la ville. Éditions Charles Léopold Mayer, Paris, mai 2026 — essai n° 267136 pages — 21,00 €. 

 

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