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Mon engagement pour la paix au Moyen-Orient
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L'engagement d'Ernest Reichert
Wingen sur Moder, le 3 octobre 2022
Chers collègues retraités,
A la demande de Geoffroy Goetz, je vais essayer de vous dire en deux pages les raisons de mon engagement pour la thématique « Israël-Palestine », et voudrais d’entrée préciser une chose importante trop souvent négligée : il ne s’agit pas d’abord d’un « conflit », mais de l’occupation d’un pays par un autre au mépris du droit international et de nombreuses résolutions des Nations Unies. Je vois mal comment une telle situation pourrait laisser indifférent quelqu’un qui se dit chrétien.
Permettez-moi de signaler d’emblée quelques réalités que personne ne devrait ignorer et qui ne devraient pas non plus, à mon avis, nous laisser indifférents :
C’est pour toutes ces raisons que ce système de type colonial a fini par être qualifié de système d’apartheid[2]. Cela scandalise nombre de personnes, mais il est bon de noter 1) que ce sont des ONG de bonne réputation comme Amnesty International et Human Rights Watch, et même avant elles une grande ONG juive israélienne, B’Tselem, qui ont ainsi qualifié la politique israélienne, et 2) que selon des personnalités aussi respectables que le regretté Desmond Tutu, le régime imposé aux Palestiniens est bien pire que celui qu’ont connu les Sud-Africains non blancs avant que ce système n’ait été aboli chez eux au siècle dernier.
Ceci est l’occasion aussi de dire qu’il existe en Israël même, au sein de sa population juive, des groupes qui contestent très fortement la politique de leur propre gouvernement, et qui souvent collaborent avec des Palestiniens, mais que ces groupes restent malheureusement minoritaires. Beaucoup ne s’intéressent pas à ce que vivent les Palestiniens, et les Israéliens n’ont officiellement pas le droit d’aller voir sur place, dans les territoires occupés, ce qu’il en est vraiment.
Pourquoi personnellement je m’intéresse et m’engage pour cette cause ? La première raison de mon engagement est tout simplement mon désir d’être un témoin crédible de Jésus-Christ dans tous les domaines de la vie, de prendre au sérieux son commandement d’aimer son prochain, là surtout où il est ignoré, méprisé, persécuté, et où tout est fait pour qu’il disparaisse. Un commandement d’ailleurs déjà mentionné dans la Torah, avec le souci du respect de la dignité de tout humain jusqu’aux extrémités de la terre.
Ce qui a joué aussi, c’est tout mon vécu au Proche-Orient, où la problématique israélienne a été évoquée par le secrétaire général du Conseil des Églises du Moyen Orient dès ma toute première visite en 1982, et où j’ai souvent été témoin des exactions israéliennes au mépris de tout ce que l’on peut appeler « droit international » ou simplement « respect de l’autre ». Le sujet a été présent dans quasi toutes les rencontres de partenaires d’Églises, localement et internationalement.
Une autre chose qui a joué, c’est le souvenir de rencontres aux États-Unis dès 1967, et la prise de conscience de l’existence d’un « sionisme chrétien » chez beaucoup de membres engagés dans nos paroisses ici : des gens pleins de bonne volonté mais souvent insuffisamment informés. Et puis aussi les rencontres et le partage avec des responsables d’Églises du Proche-Orient, les appels que les membres et les responsables de ces Églises nous ont adressés, à commencer par l’appel Kairos « Un moment de vérité » de 2009 auquel nos Églises n’ont jamais daigné répondre, et les nombreux appels qui ont suivi, les informations régulièrement partagées dans la Vague de prière de Sabeel, les prises de position d’autres Églises dans le monde…
En tout cela mon premier souci n’est nullement de défendre la Palestine et encore moins l’Autorité Palestinienne, mais simplement ( !) de donner consistance à cette « Église universelle » que nous confessons si souvent, et si légèrement parfois, et qui ne cesse de nous interpeler. Entre autres dans le domaine Israël-Palestine.
Ernest Reichert
[1] Selon le plan de partage des Nations-Unies, tout le secteur de Jérusalem-Bethléem devait être un territoire à part, neutre, hors des limites des deux États prévus. Israël n’en a jamais tenu compte et n’a jamais été inquiété pour cela.
[2] A noter que le système d’apartheid est aujourd’hui officiellement reconnu par le droit pénal international comme crime contre l’humanité, et est donc bien plus qu’une référence à ce qui avait cours en Afrique du Sud au siècle dernier.